La guerre du Sel au XIIIème siècle en Petite Camargue

  • Patricia Carlier, chargée de mission Patrimoine donne une conférence animée PVC
C'est à Beauvoisin dans la magnifique salle d'armes du Château que la mission Patrimoine du Pays a évoqué la guerre du sel en Petite Camargue

En exploitation depuis l'Antiquité le sel fit le richesse des seigneurs et abbayes locales aux époques paléochrétiennes puis carolingiennes. L'abbaye de Psalmodi installée à l'embouchure du Vistre sur une île au milieu des étangs de l'Or et du Scamandre actuels -qui ne font qu'un à cette époque- exploite le salin de Peccais sur le secteur de l'Aigou Mour conjointement avec les Bermond d'Uzès, de Sauve et d'Anduze alors que les évêques d'Arles exploitent de leur côté des salines provençales situées sur le Vaccarès.
Tous utilisent au XIIe siècle la fossa gotica, ou fosse provençale et le canal de la Radelle, actuel canal du Rhône à Sète, pour rejoindre l'étang de Mauguio et remonter jusqu'aux cabanes du sel sur le canal de Lunel ville où sont situés les greniers à sel. Trois chemins du sel convergent donc à Lunel, l'un vient des salines des étangs de la Narbonaise et longe au bord des étangs la Via Domitia. Le second, du Sud au Nord part de Lunel via Sommières vers le Massif Central et le troisième via Posquières (Vauvert) Calvisson part vers Nîmes, Bagnols et Pont Saint Esprit. Au XIIIe s. Les Capet règnent essentiellement sur l'Ile de France et cherchent par tous moyens à élargir leur pouvoir. La Croisade des Albigeois offre le prétexte à une prise du Languedoc, qui revient par mariage dans l'apanage royal.
Fort de cette nouvelle acquisition territoriale, Louis IX décide alors d'ouvrir un port sur la méditerranée en zone française. Ce sera Aigues-Mortes, du nom de l'ancien marais qu'il échange avec Psalmodi en 1248. Le Rhône et ses multiples bras servent alors de frontière entre l'Empire (la Provence) et le Royaume. Obligé de transiger avec les Français pour le transport de son sel par le canal, le comte de Provence préfère créer son propre acheminement sur la rive provençale du Rhône instaurant le « grand tirage du Rhône » avec prélèvement d'une taxe sur le sel. Dans un premier temps le petit-fils de Saint Louis Philippe IV le Bel rachète pour son propre compte les salins de Peccais et propose au Comte de Provence d'exploiter pour moitié avec lui l'acheminement par le Grand Tirage du Rhône.
Mais très vite, il préfère abandonner ce projet pour se rabattre sur la prise de la baronnie de Lunel qui prélève toujours une taxe sur le passage des barques et qui contrôle toujours les chemins du sel.
La guerre se déclenche donc entre Aigues-Mortes et Lunel au XIIIe s. entre les Capet et les seigneurs et abbayes locales. Grâce à Guillaume de Nogaret, fin juriste languedocien passé au service du Royaume, Philippe le Bel obtient la baronnie de Lunel et perçoit donc à titre personnel les taxes sur les greniers à sel. Il reprend le principe de la taxe du Grand Tirage appelée localement « gabelle » pour la généraliser (officiellement sous Charles VI en 1340) et faire la fortune du royaume autant que celle personnelle des Capet et des grands dignitaires.
La « Gabelle » sera l'impôt bâtisseur de la fortune de l'Ancien Régime et de la France. La prise et le contrôle du marché du sel en Petite Camargue fut donc une enjeu stratégique majeur pour les Capétiens qui développèrent les ventes de salaisons locales déjà existantes à l'échelon national, profitant de la grande variété des produits locaux : viandes d'élevages, légumes, fruits, poissons et crustacés, salés sur place et expédiés comme les vins locaux vers les plus grandes tables de France.